
La chute de l'ordre
La chute de l'ordre du Temple fait également
l'objet d'une polémique. Elle serait le fait du roi de France Philippe IV le
Bel qui aurait agi dans le but unique de s'approprier le trésor des Templiers. Cependant,
les raisons pour lesquelles l'ordre a ét é éliminé sont beaucoup plus
complexes et celles exposées ci-dessous n'en représentent probablement qu'une
infime partie. Les raisons
L'une des premières raisons fut la perte de la ville de Saint-Jean d'Acre, qui
entraîna celle de la Terre sainte. En effet, le 28 mai 1291, les croisés
perdirent Acre à l'issue d'une bataille sanglante. Les chrétiens furent alors
obligés de quitter la Terre sainte et les ordres religieux tels que les
Templiers ainsi que les Hospitaliers n'échappèrent pas à cet exode. La
maîtrise de l'ordre fut déplacée à Chypre. Or, une fois expulsé de Terre
sainte, avec la quasi-impossibilité de la reconquérir, la question de
l'utilité de l'ordre du Temple s'est posée car il avait été créé à
l'origine pour défendre les pèlerins allant
à Jérusalem sur le tombeau du Christ.
Or, à la suite de la chute d'Acre, les Templiers se retirèrent à Chypre puis
revinrent en Occident occuper leurs commanderies. Les Templiers possédaient des
richesses immenses, augmentées par les biens issus du travail de leurs
commanderies (bétail, agriculture...) mais surtout ils possédaient une
puissance militaire équivalente à quinze mille hommes dont mille cinq cents
chevaliers entraînés au combat, force entièrement dévouée au pape. Par conséquent,
une telle force ne pouvait que se révéler gênante pour le pouvoir en
place. Il està ajouter que les légistes royaux, formés au droit romain,
cherchaient à exalter la puissance de la souveraineté royale. Or, la présence
du Temple en tant que juridiction pontificale limitait grandement le pouvoir du
roi sur son propre territoire.
L'attentat d'Anagni est un des reflets de cette lutte des légistes pour assurer
un pouvoir aussi peu limité que possible au roi. La position des légistes, des
gens comme Guillaume de Nogaret, en tant que conseillers du roi a sûrement eu
une influence sur Philippe le
Bel.
Le pape désirait également une fusion des deux ordres militaires les plus
puissants de Terre Sainte et le fit savoir dans une lettre qu'il envoya à
Jacques de Molay en 1306. Le maître y répondit par une autre lettre dans
laquelle il s'opposait à cette idée, sans pour autant être catégorique. Cependant,
les arguments qu'il avança pour étayer ses propres idées étaient bien minces .
L'arrestation des Templiers
Le donjon du château de Gisors, o ù furent emprisonnés les dignitaires de l'Ordre,
dont Jacques de Molay
L'idée de détruire l'ordre du Temple était déjà présente dans l'esprit du
roi Philippe IV le Bel, mais ce dernier manquait de preuves et d'aveux afin
d'entamer une procédure. Ce fut chose faite grâce à un atout majeur déniché
par Guillaume de Nogaret en la personne d'un ancien Templier : Esquieu de Floyran.
Celui-ci avoua en 1305 au roi de France les pratiques obscènes des rites
d'entrée dans l'ordre et Philippe le Bel, personnage très
pieux, fut choqué par de tels actes. Il écrivit donc au Pape pour lui faire
part du contenu de ces aveux. En même temps, Jacques de Molay, au courant de
ces rumeurs, demanda une enquête pontificale au pape. Ce dernier la lui accorda
le 24 août 1307. Cependant, Philippe le Bel était pressé. Il n'attendit pas
les résultats de l'enquête et dépêcha des messagers le 14 septembre 1307 à
tous ses sénéchaux et baillis, leur donnant des directives afin de procéder à
l'arrestation massive des Templiers en France au cours d'une même journée, le
vendredi 13 octobre 1307. Le but de cette action menée sur une journée fut de
profiter du fait que les Templiers étaient disséminés sur tout le territoire
et ainsi d'éviter que ces derniers, alarmés par l'arrestation de certains de
leurs frères, ne se regroupassent et ne devinssent alors difficiles à arrêter.
Au matin du 13 octobre 1307, Guillaume de Nogaret et des hommes d'armes pénétrèrent dans
l'enceinte du Temple de Paris o ù résidait le maître de l'ordre Jacques de Molay. À la vue
de l'ordonnance royale qui justifiait cette rafle, les Templiers se laissèrent emmener
sans aucune résistance. À Paris, il fut fait 138 prisonniers, en plus du maître de
l'ordre.
Un scénario identique se déroula au même moment dans toute la France. La
plupart des Templiers présents dans les commanderies furent arrêtés. Ils
n'opposèrent aucune
résistance. Quelques-uns réussirent à s'échapper avant ou pendant les arrestations.
Les prisonniers ont été enfermés pour la plupart à Paris, Caen, Rouen et au
château de Gisors. Tous leurs biens furent inventoriés et confiés à la garde
du Trésor royal.
Ceux qui, en 1306, avaient recueilli Philippe IV le Bel pendant les émeutes de
Paris se retrouvaient maintenant enfermés en attendant leur procès.
Le procès
Templier embrassant un ecclésiastique, manuscrit de Jacques de Longuyon, vers
1350
Frères Templiers sur le bûcher, manuscrit anonyme, 1384.
Puisque tous les Templiers du royaume de France avaient été arrêtés,
Philippe IV le Bel enjoignit les souverains européens (Espagne et Angleterre) à
faire de même. Tous refusèrent car ils craignaient les foudres du pape. Le roi
de France n'en fut pas découragé et ouvrit donc le procès des Templiers.
Cependant, l'ordre du Temple était un ordre religieux et ne pouvait subir à ce
titre la justice laïque. Philippe le Bel demanda donc à son confesseur,
Guillaume de Paris, aussi Grand Inquisiteur de France, de procéder aux
interrogatoires des cent trente-huit Templiers arrêtés à Paris. Parmi ces chevaliers,
trente-huit moururent sous la torture, mais surtout le début des "aveux"
avait ét é enclenché. Parmi les péchés revenant le plus
souvent, l'Inquisition entendit parler du reniement de la Sainte-Croix, du
reniement du
Christ, de la sodomie et de l'adoration d'une idole (appelée le Baphomet).
Seuls trois Templiers résistèrent à la torture et n'avouèrent aucun
comportement obscène.
Afin d'essayer de protéger l'ordre du Temple, le pape Clément V fulmina la
bulle Pastoralis praeminentiae qui ordonnait aux souverains européens
d'arrêter les Templiers qui résidaient chez eux et de mettre leurs biens sous
la gestion de l'Église. De plus, le Pape demandait à entendre lui-même les
Templiers à Poitiers. Mais, la plupart des dignitaires étant emprisonnés à Chinon,
le roi Philippe le Bel prétexta que les prisonniers (soixante-douze en tout et
triés par le roi lui-même) étaient trop faibles pour faire le voyage. Le pape
délégua alors deux cardinaux pour aller entendre les témoins
à Chinon. Il nous parviendra un document appelé le manuscrit ou parchemin de
Chinon qui donne l'absolution aux responsables de l'Ordre du Temple.
La première commission pontificale eut lieu le 12 novembre 1309 à Paris. Elle
avait pour but de juger l'ordre du Temple en tant que personne morale et non
comme personne physique. Pour ce faire, elle envoya dès le 8 août une
circulaire à tous les évêchés afin de faire venir les Templiers arrêtés
pour qu’ils comparaissent devant la commission. Un seul frère dénonça les
aveux fait sous la torture : Ponsard de Gisy, précepteur de la commanderie de
Payns. Le 6 février 1310, quinze Templiers sur seize clamèrent leur innocence
et furent bientôt suivis par la plupart de leurs frères.

Le roi de France souhaita alors gagner
du temps et fit nommer à l'archiépiscopat de Sens un archevêque qui lui
était totalement dévoué : Philippe de Marigny (demi-frère d'Enguerrand de Marigny).
Celui-ci envoya cinquante-quatre Templiers au bûcher le 12 mai 1310, suite à
leurs aveux extorqués sous la torture en 1307. Tous les interrogatoires furent
terminés le 26 mai
1311.